C’est qu’odieux et ridicules, Et maléfiques en effet, Ils ont l’air, sur les crépuscules, D’un mauvais rêve que l’on fait ; C’est que, sur leurs aigres guitares Crispant la main des libertés, Ils nasillent des chants bizarres, Nostalgiques et révoltés ; C’est enfin que dans leurs prunelles Rit et pleure – fastidieux – L’amour des choses éternelles, Des vieux morts et des anciens dieux !
Donc, allez, vagabonds sans trêves, Errez, funestes et maudits, Le long des gouffres et des grèves, Sous l’œil fermé des paradis !
Extrait de Grotesques , Paul V erlaine Je m’appelle Arthur, j’ai quinze ans et je vais tous les tuer. D’abord le sang.
Leurs goûts âcres s’insinuent doucement en lui, l’enivrent, puis le repaissent.
Les secondes passent, il voudrait conserver ces odeurs, graver leur souvenir dans sa peau, dans sa chair.
Sous son pantalon, on devine le bracelet électronique qui lui mord la cheville.
Là, au beau milieu de la cuisine, le visage frappé de stupeur comme s’il n’avait pas compris.
Arthur voudrait la repousser pour mieux admirer son visage, mais il retient son geste. – T’as jamais fumé, j’parie ?
De sa démarche féline, il aborde un passant et revient, triomphant, un briquet à la main. – Regarde, c’est simple, tu aspires en allumant.
Attention de ne pas avaler la fumée, tu vas tousser.
Arthur aimerait se laisser aller à ce nouveau bonheur, ne pas fuir cette joie simple.
Trop l’aimer peut faire mal à en décoller la peau. Arthur se souvient bien du dernier soleil qui avait carbonisé son innocence.
Lui qui n’avait pas d’amis allait enfin pouvoir montrer à une élève l’étendue de ses connaissances. « Maman, je peux inviter Héloïse à la maison ?
La maîtresse nous a demandé de réaliser un exposé ensemble.
Dis-moi oui, s’il te plaît. » À la rentrée précédente, sa mère l’avait inscrit dans un établissement situé sur les hauteurs de la ville.
Elle répétait en boucle : « C’est mieux ! » Mais mieux par rapport à quoi ?
Mieux, c’était avant, lorsqu’il n’avait qu’à traverser la rue pour se rendre à son école et qu’il pouvait jouer pendant des heures avec ses copains.
Depuis, il devait se lever avec la nuit et prendre un car qui roulait à travers les champs.
Petite, tandis que ses amies s’extasiaient devant l’arrivée d’un frère ou d’une sœur, voulant jouer à la maman, suppliant leur mère de leur donner un bébé à câliner, elle n’éprouvait que répulsion devant ces petites choses rouges incapables de communiquer autrement qu’en hurlant.
Lorsqu’elle avait appris plus tard comment les enfants se concevaient et de quelle façon ils venaient au monde, elle avait été prise d’une honte immense.
Il était parti bien avant sa naissance et sa mère avait enchaîné les hommes à la maison sans en garder un seul.
Sabine était plutôt bonne à l’école, mais à la fin du collège, sa mère l’avait orientée directement en section pro.
Monique ne voyait pas l’intérêt de lui faire continuer les études.
Le lycée était en ville, tout lui paraissait trop loin, trop compliqué, trop cher.
La jeune fille devait gagner sa vie rapidement, penser à ses points de retraite.
Les études ne la mèneraient à rien, ce serait une perte de temps… Sa mère égrenait ainsi ses certitudes, ne laissant pas de place à la moindre contestation.
Même les avocats et les médecins percevaient des salaires de misère, alors à quoi bon ?
Elle allait lui trouver un travail au supermarché.
Un emploi avec des avantages, une bonne couverture santé, et la sécurité si on respectait les règles.





